Crested Eagle



  • Nationalité: Anglaise
  • Type: Paquebot
  • Position: 51.04.560 N / 2.29.461 E
  • Profondeur max:
    découvre aux grandes marées
  • Taille: 91.34m x 10.5m
  • Coulé le: 29 mai 1940





  • Histoire-Circonstances
  • Construit avec les premières chaudières à mazout, il était mis en service sur la ligne London-Ramsgate. Il fut le premier bateau à roues à aubes à vapeur du Thames, avec un mât pivotant et une cheminée télescopique, pour passer en dessous des ponts de Londres. Il mouillait dans la Tamise à Old Swan Pier. Plus tard, quand le bateau fut basé à Tower Pier, une cheminée conventionnelle fut posée.



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    le Crested Eagle à Felixstowe en 1932


    Le Crested Eagle assura la ligne régulière London-Southend-Clacton-Felixstowe dès 1932, après sept ans de service à Ramsgate.
    Au début de la guerre, le Crested Eagle fut d'abord utilisé pour évacuer des enfants de Londres. Par la suite, il fut un des trois bateaux, de la flotte Eagle Steamers, à être désigné comme bâtiment de service spécial de la Tamise. Basé à Sheerness, il fut doté d'équipement antiaérien.
    Libéré de ses fonctions le 25 Mai 1940, il ne fut appelé à traverser la manche, par la "route Y", que le mardi 28. Arrivé à La Panne le matin suivant, il fut envoyé au port de Dunkerque où il mouilla sur la jetée Est, côté mer.
    Les survivants du "Fenella", mouillé juste derrière le "Crested Eagle", complétèrent les troupes déjà embarquées. Le navire reprit la mer vers 18h00, peu après le "Verity", il était déjà passé devant Malo-les-Bains quand il fut attaqué par un vol de Stukas. Il évita la première bombe, mais la seconde toucha le pont arrière. Deux autres bombes enflammèrent les réservoirs de gasoil. Le "Verity" demanda au "Crested Eagle" de s'arrêter afin de transférer ses troupes, mais incontrôlable, il continua sa route.
    Vers 18h30, l'ensemble du bateau en bois était en feu. Il s'échoua à l'ouest de Bray Dunes. Les 200 survivants flottant à la surface furent délibérément mitraillés et les bateaux portant assistance bombardés. Quelques-uns des survivant, gravement brûlés, montèrent à bord des dragueurs de mines "Hebe" et "Lydd", d'autres, dont le capitaine B. R. Booth et des survivants du "Grenade montèrent à bord du dragueur de mines "Albury". Le "Sabre" embarqua d'autres hommes, dont le Second de machine du Crested Eagle et la personne chargée d'alimenter la chaudière du "Grenade".



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    photo extraite de: http://www.bobleroi.co.uk


  • Historique:
  • Construit au chantier "J. Samuel White & C° Ltd" à East Cowes (GB) pour la "General Steam Navigation Company Ltd" à Londres.
    Mis en service en juin 1925.
    Identification: K S P T. Indicatif radio: M N F Y en 1934.
    Port d'attache: Londres.
    Réquisitionné le 25 mai 1940.

    Fin du navire: coulé le 29 mai 1940 par la Luftwaffe.

  • Description sommaire:
  • Equipé d'un mât pivotant et d'une cheminée télescopique.
    Déplacement: 1 110 tjb - 579 tjn, puissance: 538 NHP.
    Longueur: 91.34m, largeur: 10.52m, creux: 3.38m.
    Propulsion:
    - Navire à roues à aubes.
    - Machine à triple expansion, diagonale construite par J. Samuel White & Co Ltd à East Cowes
    Vitesse: 18 noeuds.



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  • Description actuelle:
  • Les restes de l'épave sont visibles sur l'estran. Les plus hauts sur une hauteur de 1,10 m; la hauteur moyenne du bateau étant de 0,80m.

    Voici quelques photos prises par notre ami Bruno Pruvost lors des grandes marées:

    copyright: "Bruno Pruvost". Cliquez sur les images pour les agrandir






    extrait du livre "Miracle à Dunkerque" de Richard Collier, 1961 édition: "Les Presses de la Cité", page 160.



    "Miracle à Dunkerque"

    ---- Le Major Dinort, trente six ans nous raconte comment il mit fin à la carrière du P.S. Crested Eagle. Pilote émérite de la Luftwaffe, il avait établi un double record mondial de vol de planeur à vingt huit ans.
    ----Aux commandes de son Stuka, il orbita et scruta la mer pour chercher des objectifs. Il n'avait que l'embarra du choix; toutefois trois navires attirèrent particulièrement son attention parce qu'il s'écartaient du mole sans avoir été molestés, en apparence. Il jeta sur eux son dévolu, en distribua deux impartialement à ses avions, et garda le plus gros pour lui-même et sa section.
    ----Les Stukas attaquaient toujours par sections de trois au moins, car, un pilote pris à partie isolément par la D.C.A. risquait de s'affoler. Une série de petites glissades, du vol en "papillon " disaient les pilotes, plaça Dinort en bonne position d'attaque.
    Au-dessous de ses ailes, le port de Dunkerque offrait un spectacle horrifiant. A bord du dragueur "Ross", le radio Walters se rongeait les poings dans sa colère impuissante; ses écouteurs répétaient furieusement les même appels morse en clair " AEB...AEB ": Avions Ennemis Bombardent. Mais personne n'y prêtait attention; trop de navires étaient en détresse; et d'autres plus nombreux encore, allaient y être.
    "Section Aigle... Section Aigle... ordonna Dinort. Objectif, le plus gros navire, celui du milieu... Attaquez !". Et il poussa de nouveau le nez du Stuka dans son piqué à 70°. Cette fois, la présentation fut meilleure, mais le major n'évita la catastrophe que de justesse: l'un de ses sectionnaires en effet largua ses bombes un peut trop tôt. Dinort s'en aperçut, et vécut quelques secondes terrifiantes, à plonger vers la terre entre les projectiles allemands. Il aurait put lâcher ses bombes lui aussi, mais ne le fit pas ; il se délesta comme il le fallait, à l'altitude de quatre cent cinquante mètres, et dégagea sur la gauche ; un immense champignon de vapeur jaillit des entrailles de l'objectif, mais cabré maintenant vers le ciel, Dinort ne put en voir davantage.
    Tout porte à penser que le major avait attaqué le vieux bateau à roues de la Tamise Crested Eagle. Toujours est-il que ce bâtiment fut touché dès qu'il eut embarqué les survivants du "Fenella" et largué ses amarres; une bombe sur l'arrière enflamma la soute à mazout, une autre sur le pont milieu bloqua la descente des machines, et cribla de particules de métal rougi le chef mécanicien Jones et ses hommes. Malgré tout, la machine continua à tourner, et Jones éberlué rendit compte par porte-voix que tout allait bien. "Parfait, répondit le commandant, le capitaine de corvette Booth; maintenez la vitesse, nous allons voir si nous pouvons maîtriser le feu."
    ----Mais à bord tout le monde n'était pas aussi philosophe. Les munitions explosaient de l'avant à l'arrière comme des pétards, le chien courait comme un fou en aboyant, les survivant du "Fenella" et parmi eux le caporal Harper saisit une boué de liège et sauta dans l'eau: sa tête passa à deux doigts de la roue à aubes. Le soldat artilleur Goodridge, transbordé du "Fenella" avec les deux jambes cassées, n'était plus qu'une plaie sanguinolente de la tête jusqu'aux hanches; voyant sa chambre en feu s'emplir de fumée suffocantes, il réussi à sortir, à se jeter à l'eau, et à nager jusqu'au rivage. Ce salut miraculeux ne lui évita cependant pas plusieurs semaines de cécité complète. Greengrass, le second du "Polly Johnson", transbordé du "Grenade", réussi à atteindre la plage, lui aussi, grâce à des camarades, mais il fut ensuite moins heureux: après quelques journées de souffrances dans les dunes, il fut recueilli par les Allemands, qui le gardèrent trois ans dans un camp de prisonniers.
    Les chasseurs allemands ne faisaient pas de quartier, et volaient au ras de l'eau pour mitrailler les hommes à la nage; leurs balles grésillaient sur l'eau comme " du gras de lard dans une poêle ".
    Les vingt minutes que les stukas pouvaient passer sur Dunkerque s'étaient écoulées entre-temps; Dinort rassembla ses avions, et reprit le chemin de Beaulieu, sans pouvoir assister à la fin du Crested Eagle. Cette scène là fut atroce. Du rivage où Booth essayait d'aller s'échouer, des milliers de spectateurs horrifiés virent des hommes, transformés en torches vivantes, sauter à la mer, le visage tordu par la souffrance, ou danser comme des derviches sur les tôles chauffées à blanc par l'incendie et que la dilatation boursouflait entre les barrots de pont comme des écailles de tortue.
    ----Il fallait être sur place pour comprendre l'ampleur du drame. A bord du Golden Eagle, frère du Crested Eagle, Jones, le radio, entendit Goodward, son camarade du Crested, essayer d'appeler Douvres: il employait la mention "Très urgent", réservée aux cas les plus graves, et manipulait "comme un apprenti". Jones écouta de toutes ses oreilles. Goodward était certainement en péril, et Douvres répondait simplement: "Attendez". Un nouveau bâtiment vint alors sur la même fréquence : "AEB, AEB...les avions me bombardent"; "attendez", répondit Douvres, sans autre commentaire. Jones effrayé avait l'impression d'assister à une partie de cartes où chacun aurait joué sa vie. Un troisième bateau enrichit à son tour, et abattit l'as d'atout " J'ai à transmettre un message Extrême Urgent. " Ce degré d'urgence utilisé seulement pour annoncer des événements tels qu'une déclaration de guerre frappa Jones comme un coup de poignard - mais moins violemment encore que la réponse de Douvres : " Attendez".
    ----L'attente ne fut pas très longue (Douvres dégageait l'atmosphère pour passer à lord Gort un message essentiel) mais pour Jones elle parut éternelle. Qu'avait donc à dire le Crested Eagle qui justifiait le "Très Urgent", et fit trembler la main de Goodward? Puis il entendit le dernier message du pauvre navire "je suis en feu, et vais m'échouer."
    Goodward échappa à la mort, mais de justesse. Quand il eut passé son message, il coupa tous les circuits de son poste radio, alla saluer le commandant sur la passerelle, puis tout habillé, les lunettes sur le nez, il se jeta les pieds les premiers, dans l'eau noire et huileuse, quatre mètres cinquante plus bas.


    extrait du livre "Le miracle de Dunkerque" de Walter Lord, édition: "Robert Laffont", page 163.




    "Le miracle de Dunkerque"

    ---- Le 29 Mai le Crested Eagle mouilla sur la jetée Est, coté mer derrière le "Fenella". Vers 15 h un raid allemand du VIII Fliegerkorps composé de quelques 400 appareils accompagnés de 180 Stukas se dirigèrent sur Dunkerque. Jusque-là les allemands avaient raté le mole Est: Ce ne fut pas le cas ce jour là. La fumée maintenant était ramenée à l'intérieur des terres, et là directement en dessous d'eux s'offrait une vue qui ne pouvait leur échapper. Agglutinés le long du mole, se trouvaient une douzaine de navires. On ne pouvait imaginer une meilleure cible. Les appareils attaquaient en formation de deux ou de trois, laissant tomber à chaque fois plusieurs bombes. Une bombe manqua le mole, mais cribla le "Grenade" d'éclats. Une autre atteignit la proue, une autre la passerelle et explosa dans le réservoir de fuel. Les hommes d'équipages larguaient les amarres du destroyer. Le "Grenade" se mit à dériver dans le chenal du port. Finalement les chalutiers le remorquèrent à l'écart puis il explosa.
    ----Une bombe tomba sur le "Fenella", un gros vapeur en bois qui fit voler en éclats la coque du bateau. Ce fut ensuite le tour du chalutier le "Calvi" qui coula à quai posant debout sur le fond. Durant une accalmie les hommes retournèrent sur le mole, la plupart d'entre eux montèrent sur le vapeur Crested Eagle, qui était mouillé juste à l'arrière du malheureux "Fenella". Le Crested Eagle était un gros bateau à aubes dont la vue était familière à certains soldats. En des jours plus heureux, ils avaient fait avec lui des excursions sur la Tamise. Y monter, c'était presque rentrer chez soi. A six heures du soir, 600 hommes garnissaient ses ponts et parmi eux se trouvaient un certain nombre de rescapés du "Grenade" et du "Fenella".
    ----Le commandant Clouston donna le signal du départ et les grandes roues à aubes du Crested Eagle commencèrent à brasser la mer. Son commandant, le lieutenant B.R. Booth, s'écarta du mole et longea la cote Est pour prendre la route Y. La luftwaffe ne mit pas longtemps à le trouver. Debout sur le tambour d'une roue à aubes, le chef de chauffe Brown, un des rescapés du "Grenade", entendit de nouveau le sifflement familier d'une bombe de Stuka. Celle-ci atterit en explosant dans le salon principal, faisant voler en éclats les tables, les chaises et les corps. Sur le pont inférieur, le cannonier Chandler, qui venait du "Fenella", examinait les machines quand l'explosion eut lieu. Le souffle le projeta sur toute la longueur du pont et il s'écrasa contre la cloison arrière.
    ----Sur la passerelle, le commandant Booth remarqua que les roues à aubes fonctionnaient encore et il essaya de poursuivre sa route. Peut-etre pourraient-ils s'en sortir. Ils n'eurent pas cette chance. L'arrière du batiment été en feu et le lieutenant mécanicien Jones monta sur la passerelle pour dire qu'il ne pourrait pas maintenir les pales en état de marche encore longtemps. Booth décida d'échouer le bateau et retourna vers le rivage du grand sanatorium de Zuydcoote, tout près de Bray-Dunes. Sur la plage, les soldats oublièrent un moment les ennuis en regardant ce bateau flamber comme une torche.
    "Fiche le camp, pendant que tu peux, mon vieux", dit un marin au cannonier Chandler qui se tenait en équilibre sur le bastingage. Chandler trouva que c'était là un bon conseil: il enleva ses souliers et sauta. Il y avait d'autres bateaux dans les environ, mais aucun à proximité et il dut gagner la plage à la nage. Cela lui fut facile: il avait une ceinture de sauvetage, et il se débrouilla même pour ramener avec lui un homme qui ne savait pas nager. Une fois à terre, il se rendit compte pour la première fois à quel point il était brulé. Dans son agitation il n'avait pas remarqué que la peau de ses mains partait en lambeaux. On le chargea dans un ambulance et on le conduisit au casino de Malo-les-Bains, qui servait de centre d'accueil pour les blessés. Chandler avait eu une journée bien remplie et pourtant il retournait à quelques centaines de mètres à peine de l'endroit d'où il était parti le matin.


  • Divers:
  • ----- Pierre Angeli a écrit un article sur la découverte d'un soldat anglais par Didier Lauvergeon sur cette épave en septembre 1996. Cet article est paru dans FNUDEM’MAG, le bulletin d'information périodique de la Fédération Nationale des Utilisateurs de Détecteurs de Métaux. Bonne lecture.



    Vous pouvez également admirer des photos prises sur le crested eagle aux adresses suivantes:
    http://website.lineone.net/~tom_lee/crestedcapt.htm ( ou la copie locale) http://freespace.virgin.net/tom.lee/crestedimg.htm ( ou la copie locale) http://freespace.virgin.net/tom.lee/coleimg.htm ( ou la copie locale)



    ----- A l'occasion du 75ème anniversaire de l'Opération Dynamo, une plaque en acier inoxydable relatant la triste fin du "HMS Crested Eagle" a été posée sur l'épave et inaugurée le 24 mai 2015 par S.A.R. le Prince Michael de Kent et Paul Christophe, Maire de Zuydcoote.

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    La plaque commémorative fixée à l'épave.


    ----- Cette manifestation financée par la Municipalité de Zuydcoote est à l'initiative d'Yves Janssen et Bruno Pruvost pour la conception et la pose de la plaque commémorative sur l'épave.
    ----- Voici un extrait du journal "La Voix du Nord" du 23 juin 2015 relatant l'événement. Vous pouvez également consulter la page Facebook consacrée aux commémorations du 75ème anniversaire de l'Opération Dynamo.





  • Sources:

  • "Equipe dkepaves":
  • livre "The ships that saved an army".
  • site web de "Tom Lee".
  • "Bruno Pruvost":
  • livre "Miracle à Dunkerque", de Richard Collier, 1961, aux éditions Les Presses de la Cité, Page 160.
  • livre "Le miracle de Dunkerque", de Walter Lord aux éditions Robert Laffont, Page 163.
  • livre "The evacuation from Dunkirk", édité et préfacé par "W.J.R. Gardner".
  • livre "Les 9 jours de Dunkerque" de David Divine aux éditions Calman Levy 1964, page 178.
  • photos.
  • article de "La Voix du Nord" du 23 juin 2015 et lien de la page Facebook pour la commémoration du 75ème anniversaire de l'Opération Dynamo.
  • "Ronny Verpoorte":
    "René Alloin":
  • fiches techniques et historiques.
  • "Didier Lauvergeon":
  • découvreur du soldat anglais en 1996.
  • "Pierre Angeli":
  • auteur de l'article sur le soldat anglais découvert en 1996.
  • "http://www.bobleroi.co.uk ":
  • photo.



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