Etendard



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Photo: "www.archeosousmarine.net"
  • Nationalité: Française
  • Type: contre torpilleur
  • Taille: 58m x 6.60m x 2.40m
  • Position: 51.06.583 N / 2.29.416 E
  • Coulé le: le 25 avril 1917




  • Histoire - Circonstances:

  • L'épopée de l'ÉTENDARD : extrait des pages 9 à 11 par Paul Aubert

    ------Les « 300 tonnes » déjà vieillis à la déclaration de la Grande Guerre, mais où il faisait bon vivre , en raison de l’esprit de corps étroit qui régnait dans les flottilles furent employés à bien des besognes, convoyages, escorte, garde du littoral.
    ------C'est dans l'accomplissement de cette dernière mission que l'Étendard trouva une fin glorieuse, au large de Dunkerque dans la nuit du 24 au 25 avril 1917.
    Le récit de ce drame rapide est ainsi, exposé dans le rapport du chef de division des flottilles de la mer du Nord: L’Étendard, qui était de garde assez loin de Dunkerque, mais assez près de la côte, aperçut dans les ténèbres des navires qui venaient de la direction de Dunkerque. Etait-ce l'ennemi qui venait de bombarder la ville? Etait-ce une force alliée poursuivant l'ennemi ou cherchant à lui couper le chemin du retour? Dans le doute, le devoir était de faire d'abord le signal de reconnaissance, signal lumineux qui découvrait l'Étendard, puis, si la réponse se faisait attendre, de lancer le signal d'alerte et d'engager le combat.
    Le commandant Mazaré n'hésita pas, et, en fait, les deux signaux de reconnaissance et d'alerte furent aperçus de différents observateurs à terre et en mer. Mais le signal d'alerte fut fait au milieu d'une trombe de feu, réponse immédiate de l'ennemi au signal de reconnaissance. Une torpille atteignit l'Étendard sous sa passerelle, une colonne de flammes monta jusqu'à 100 mètres de haut. L'ennemi stoppa un moment dans le but de capturer des survivants, mais nos renforts arrivaient et il prit la fuite. Des recherches immédiates furent faites sur les lieux et tout autour. La douzaine de corps que nous avons retrouvés et parmi lesquels celui de Perrichon sont ceux du personnel dont le poste de combat était à l'arrière.
    Le navire est coupé en deux. L'avant, complètement couché sur le côté, n'est plus qu'un amas de débris de tôles. Il n'y a plus de passerelle et les scaphandriers n'ont pas pu encore dégager les corps qu'enferme ce chaos. L'arrière est droit ; l'extrémité du mâtereau émerge seule portant le pavillon national; nous avons recueilli, détaché de la coque et flottant près du pavillon, le tableau portant l'inscription : « Honneur et Patrie! ». L'Étendard fut cité à l'ordre de l'armée.

    Extrait du J.O du 17 mai 1917 :
    Citation à l’ordre de l’armée Monsieur Pierre Mazaré, lieutenant de vaisseau, officier de haute valeur morale et d’une grande bravoure, commandant le torpilleur d’escadre «Étendard», a disparu glorieusement avec son navire, dans un combat inégal contre plusieurs destroyers allemands dans la nuit du 24 au 25 avril 1917.

    Sur son bulletin individuel de notes:
    - A fait preuve, au cours des opérations dans les bancs de Flandre et en toutes circonstances, d’une valeur morale exceptionnelle, de jugement et d’endurance pendant que l’ « Intrépide » capturait un hydravion ennemi avec ses aviateurs, a mis en fuite un autre hydravion qui attaquait à la bombe (3 avril 1916).
    - Poussant la recherche d’un sous-marin ennemi jusque sous le feu des batteries ennemies, a subi un tir nourri et ajusté. Un gros projectile a explosé à quelques mètres de l’ « Étendard », projetant des éclats à bord (30 mai 1916).
    - A sauvé sur le Small-Bank un hydravion anglais en panne que le courant emportait vers la côte ennemie (18 juin 1916). Dans la formation des jeunes officiers ou aspirants qui lui ont été confiés a obtenu par son dévouement et son action personnelle, des résultats remarquables.

    Signé: C.F Exelmans, chef de division, 15 mars 1917.


  • Historique:
  • Bâtiment de la classe "Branlebas".
    Construit par la SA de Travaux Dyle et Bacalan à Bordeaux (F).
    Mis sur cale en décembre 1905.
    Lancé le 20 mars 1908.
    Effectue ses essais à Rochefort sous le commandement du L.V. de Tournemire.
    Mis en service en février 1909.
    Affecté en mars 1909 à l'Escadre du Nord à Dunkerque.
    Affecté en août 1914 à la 1ère Escadrille de la 2ème Escadre légère à Cherbourg.
    S'échoue à Cherbourg en juillet 1913.
    Effectue des raids de nuit sur Ostende en août 1915.
    Capture avec le torpilleur "Intrépide" en avril 1916 un hydravion allemand .
    Passe sous le commandement du L.V. Pierre Auguste Georges Mazaré le 16 août 1916.
    Torpillé puis coulé au canon par des torpilleurs allemands par 51°06.3N et 02°29.2E entre Ostende et Dunkerque.


    Fin du navire: coulé le 25 avril 1917 suite à l'explosion de sa soute à munitions.
    - Le L.V. Pierre Auguste Georges Mazaré disparaît avec tout son équipage.


  • Description sommaire:
    Longueur: 58,00m, largeur: 6,60m, tirant d’eau: 2,40m.
    Déplacement: 339 tonnes.
    Propulsion:
    - 2 chaudières.
    - 2 machines Compound.
    - 2 hélices.
    Puissance : 6 800 cv, vitesse: 27 nds.
    Armement:
    - 1 canon de 65 mm.
    - 6 canons de 47 mm.
    - 2 TLT de 450 mm.
    Equipage: 75 officiers matelots.


  • Extrait de l'article du " Nord-Maritime du 24 avril 1922" .


    LE COMBAT NAVAL DEVANT DUNKERQUE
    La mort glorieuse d'un de nos torpilleurs « L’Étendard » (25 août 1917)


    - - -------Parmi les épisodes les plus douloureux et les plus dramatiques de la guerre à Dunkerque, en figure un dont la date du 25 avril ramène le 5e anniversaire : on en a parlé. Il a passé presque inaperçu alors, on l'a si vite oublié, hélas !
    - - -------Pourtant c'est une page qu'il faut consigner dans nos annales et c'est un fait qu'il faut rappeler aujourd'hui. Il s'agit du combat naval rapide (il ne dura pas un quart d'heure) qui se déroula en rade de Dunkerque dans la nuit du 24 au 25 avril 1917 à 2 heures 15 et au cours duquel devait être coulé corps et biens avec 72 marins, le torpilleur de haute mer "l’Étendard" de la station de Dunkerque. Horrible fait divers dans l'immense étreinte des nations en feu, il est arrivé à des heures tragiques où se préparait un sursaut nouveau des formidables armées en présence, heures d'angoisses et de fièvres, de lassitudes secrètes, presque de désespérances et de l'avant et de l'arrière, il a eu quatre lignes de communiqué, trois exactes, une erronée, il a remué l'opinion pendant quarante huit heures puis sous le bâillon de la censure, tout s'est tu. On avait peu de détails, on n'osait trop dire ce qu'on savait le fait fut vite classé à côté de tant d'autres "incidents" de chaque semaine et nul, depuis, n'a plus parlé de "l’Étendard" et de ses pauvres marins qui dorment actuellement encore devant la plage de Malo.
    - - -------"L’Étendard" était un peu nôtre pourtant : il faisait, bien avant la guerre, partie de notre Défense mobile et plus d'un de ses vigoureux cols bleus avait en notre ville un foyer, une famille, des affections, des amitiés: quelques petites flamandes de chez nous ont, à leur tour, après sa disparition dans les flots, pris rang, dans l'innombrable cortège des femmes en deuil et des cœurs brisés ...
    - - -------Vers 2 heures du matin, par une nuit noire et sans étoiles, survenait brusquement au dessus de la ville, un Taube ayant profité de l'écran des nuages pour déjouer le peu de surveillance, d'ailleurs difficile, des défenses aériennes et terriennes. Des témoins, guetteurs de la tour et des batteries de côte, virent soudain éclater quelques fusées rouges : des signaux vers le large envoyés par l'aviateur. Quand s'allumèrent les projecteurs, l'avion avait disparu, ayant fait son œuvre. D'autres devaient la poursuivre.
    - - -------Sept torpilleurs allemands, sous le commandement du Colonel Lieutenant Assman, tous feux allumés, surgirent d'un coup de la brume nocturne, devant Dunkerque à moins de 3000 mètres, entre Malo et Terminus et crachèrent sur la ville en dix minutes, cinq cents obus de 88 et 105. C'étaient des obus lumineux, des fusées parachutes les accompagnaient. Le ciel s'embrasa soudain d'immenses jets de flamme, s'illumina comme en plein jour de clartés resplendissantes. Le spectacle était féerique et, de la campagne jusqu'à Hazebrouck où l'on crut Dunkerque en feu, on pouvait détailler la silhouette des tours, des mâtures, des remparts de la ville : la pluie lumineuse éclairait par réverbération, à l'horizon opposé, jusqu'aux navires allemands eux mêmes, longues couleuvres glissant sur l'eau et parfaitement visibles de Terminus. Le communiqué du lendemain parlant de l'attaque ajoutait " Les batteries du front de mer ont riposté". En effet, la batterie de Mardyck tira un coup de canon, au petit bonheur : celle de Zuydcoote en tira sept. Mais elle braqua ses projecteurs sur la rade ; ils firent coup double malheureusement. Ils découvrirent l'ennemi qui filait sur Ostende, ayant fini sa tache ; ils découvrirent le torpilleur "Étendard" qui gardait la passe de Zuydcoote. Celui-ci mis en pleine lumière fut une cible excellente pour l'escadrille boche et en un éclair fulgurant une torpille lui fut lancée, l'atteignant à la soute. Une immense gerbe de flammes jaillit à 300 pieds, "l’Étendard" sans avoir pu tirer un seul coup de canon coulait à pic en trois minutes.
    - - -------Le patrouilleur "Nelly", commandant Lemarchand, et le bateau "Notre Dame de Lourdes" de Boulogne capitaine Trohiard, qui se trouvaient non loin et eux aussi découverts, essuyèrent une trentaine d'obus, mais par d'habiles manœuvres et forçant le vapeur, ils purent se réfugier dans le port, ayant toutefois des avaries et des blessés.
    - - -------Le "Nelly" passant près du torpilleur en train de couler eut l'énergie de ralentir et d'envoyer une chaloupe de secours qui par dessous les obus de la côte et ceux de la mer recueillit sept marins du torpilleur, flottant sur l'eau ; mais ce n'étaient que des cadavres qu'elle ramena à Dunkerque. Le "Notre Dame de Lourdes" avait son équipage hors de combat, sauf 4 hommes, le chef de pièce avait été tué, ses deux servants blessés ; les chaînes du gouvernail étant sautées et le pilote tué c'était le capitaine, stoïque sur sa plate-forme, qui manœuvrait le gouvernail avec deux câble, aidé d'un sublime blessé, le vendéen Monmousseaux qui avait les deux jambes coupées au genou par un obus et baignant dans le sang, devait mourir au débarqué après avoir contribué à mettre le bâtiment en sûreté. Dans la machinerie, un seul chauffeur était resté vivant et assurait le service. La canonnade avait attiré, du large où ils croisaient sans s'être aperçus du passage des Allemands, les patrouilleurs français et anglais : ils accoururent peu après et tentèrent sans succès, la chasse des bâtiments ennemis qui regagnèrent Zeebrugge sans dommage ni perte.
    - - -------En ville, le hurlement des sirènes fit descendre les gens dans les caves. Une minute après, la pluie des obus, petits mais nombreux, s'abattait en rafales, faisant partout d'énormes ravages, mais relativement peu de victimes.
    - - ------- Les dégâts les plus sérieux étaient relevés quai du Leughenaer, rue des Vieux Remparts (maison Coquelin) Petite Chapelle (Maison Detraux) Square Turenne, rue Carnot, quai des Hollandais 52, rue Royer (Postes), rue de la Marine (Maison Bart, coiffeur) rue des Bassins (Maison Desmick), rue Nationale (Maison Durin), rue Caumartin, de Beaumont, de Soubise, St Bernard, de Lille ; L'Hôtel de la Marine en avait reçu neuf et l'un d'eux était tombé dans la chambre du commandant, à deux pas du lit ; et puis la Banlieue : Malo, à l'établissement Pyl où un Anglais à la jambe cassée, a l'épicerie Hertz, où 800 bouteilles de spiritueux sont cassées ; à Rosendaël où un obus de 105 s'abat sur la propriété Laubry où cantonnent l'état major du 36e corps et son commandant le Général Mollet ; à l'hôpital, à l'Hospice etc. Il y avait dix neuf blessés, la plupart peu gravement, et cinq morts dont le douanier Dehon (de Wargnies) tué à son poste sur la plage de Terminus, l'officier anglais Badforth tué en sautant de son lit dans sa chambre, rue du quai etc. Il faut y ajouter le regretté Commandant Descholt, mort subitement dans son lit au bruit de l'obus fracassant des fenêtres en face de chez lui, rue Nationale. A onze heures du matin, on relevait, en ville seulement, la trace de 290 obus tombés un peu partout. Quant à l’Étendard et à ses 72 marins engloutis dans les flots, on ne devait savoir officiellement sa disparition que le lendemain.
    - - -------Sept cadavres avaient été ramenés vers 3 heures du matin, par le "Nelly"; treize autres cadavres furent jetés à la côte de Malo dans la journée, par la marée montante ; parmi eux, le jeune enseigne du bord ; mais déjà vers trois heures et demie du matin, des douaniers, à Malo Centre, avaient recueilli trois malheureux arrivant à la nage en hurlant au secours : un d'entre eux, à peine sur le sable rendit le dernier soupir, les deux autres, exténués restèrent deux jours entre la vie et la mort, et finalement furent sauvés. - Le 28 avril, on retrouva deux autres corps près du phare. - Le 29, en présence du Général Mollet, commandant le 36e corps, c'étaient les funérailles solennelles des 13 premières victimes connues; leurs dépouilles mortelles furent conduites de la chapelle de l'hôpital militaire où une messe avait été célébrée en plein air, au cimetière, sur sept voitures fourragères décorées de drapeaux. - Le 2 mai : autre corps non identifié trouvé porteur encore du béret aux lettres d'or "Étendard", près des Huit Bouches ; le 24 : sur la plage Ouest, trois nouveaux corps. L'amiral Exelmans, présidait leurs funérailles quelques jours après. Total : 27 cadavres recueillis à la côte, deux marins sauvés ; les quarante autres petits marins de France, Bretons, Provençaux et Flamands sont restés dormir de leur dernier sommeil en face de la digue où les coquettes villas d'aujourd'hui seront réveillées dans quelques mois par des chants de la vie et de la gaieté insouciantes.
    - - ------- Pendant quelques jours, on put voir, de la côte Est où se rendirent tous les Dunkerquois pour la saluer, l'épave du torpilleur coupé en deux, émergeant de la surface des flots ; bientôt elle disparut, elle aussi, à tout jamais.
    - - ------- Peu après "L’Étendard" était cité à l'ordre de l'armée dans les termes suivants : "Sous l'action énergique de son commandant le Lieutenant de Vaisseau Mazaré, s'est distingué par sa belle tenue militaire et son ardeur, a péri glorieusement dans un combat inégal contre plusieurs destroyers allemands dans la nuit du 24 au 25 avril 1917. Depuis plus personne, sauf là où le souvenir de ses marins est resté vif dans des cœurs de femmes et d'enfants, plus personne ne parle du torpilleur Étendard.
    - - -------C'est presque naturel, en France, où l'on oublie si vite et où il y eut tant de drames semblables ; mais ici à Dunkerque, où ses joyeux "cols bleus" animèrent longtemps nos rues de leur juvénile gaieté, aux heures de terre, … eh bien, je le demande : dans une ville comme la notre où l'on a, inné, le culte du souvenir, du sacrifice et du dévouement, dans une ville où il y a une rue du "Chemin de fer", un quai de la Concorde", une place d"'Abondance" une rue du "Pont de Fer" et autres noms stupides à faire pleurer, pourquoi n'a-t-on pas encore une rue du "Torpilleur Étendard" ?


    - - ------- - - - - ------- - - ------- - - ------- - - ------- - - ------- - - ------- - - ------- - - -------Jan des Dunes Nord Maritime 24 avril 1922



  • Sources:
  • "fiche épave DK Plongée".
  • Extrait de: l'Épopée de l'Étendard par Paul Aubert.
  • "Bruno Pruvost".
    Article du " Nord-Maritime du 24 avril 1922" extrait des archives municipales de Dunkerque.
    "Jean Le Gouin"
    "René Alloin":
  • fiches techniques et historiques.
  • "Site: www.archeosousmarine.net":
  • Photo.




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